L’illusion Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon est devenu en quelques semaines l’attraction médiatique de la campagne présidentielle en adoptant un discours très marqué à gauche mais l’ancien apparatchik socialiste croit-il vraiment à ses slogans simplificateurs ? 

Dans le consensus de NewsPresso, il est crédité actuellement de 13% des intentions de vote contre 7,9% en janvier, 8,6% en février et 12,5% fin mars. Si certains instituts le placent en troisième position devant Marine Le Pen, la moyenne des sondages fait apparaître qu’il accuse encore deux points de retard sur la chef du Front national.

En outre, il ne faut pas oublier que les marges d’erreur vont de deux à quatre points. Il est donc prématuré de le voir en troisième homme de l’élection présidentielle.

Mais, les media n’ont que faire de ces nuances et, souhaitant sortir du duel annoncé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, préfèrent simplifier d’autant que Jean-Luc Mélenchon est « un bon client » : il parle fort et n’hésite pas à cogner sur tout le monde, avec une préférence pour ses ex-amis du Parti socialiste.

Certains le comparent à Georges Marchais mais le défunt secrétaire général du Parti communiste français ne pouvait pas se résumer à sa gouaille. Il était un authentique représentant ce qu’on nommait encore « la classe ouvrière ».

Quel est le parcours de Mélenchon ? Diplômé en philosophie et en lettres, il a commencé comme correcteur, journaliste puis professeur dans un lycée. 

S’il a débuté sa carrière politique chez les trotskystes de l’ l'Organisation Communiste Internationaliste (OCI), il a rejoint le Parti socialiste dès 1977. En 1981, le voilà premier secrétaire de la fédération de l’Essonne et en 1986 il est élu, à 35 ans, sénateur.

On a connu parcours plus révolutionnaire, en particulier au Parti communiste aujourd’hui rangé derrière ce trublion. 

En réalité, Mélenchon connaît un certain aboutissement même si son rêve de devenir ministre est contrarié. Il devra attendre 2000 pour être ministre délégué à l’enseignement professionnel. A cette époque, en dépit d’opposition sur l’Europe, il ne tarit par d’éloges sur le Premier ministre socialiste Lionel Jospin.

S’il a rompu avec le PS, c’est essentiellement parce qu’il se plaignait d’être maltraité par François Hollande, premier secrétaire entre 1997 et 2008. 

A-t-il eu la « révélation révolutionnaire » à l’âge de 60 ans ? Est-il la « Bernadette Soubirous de la révolution prolétarienne » ? 

Son programme est radical : mis sous tutelle des banques, réforme des traités européens, refus de s’engager à rembourser la dette publique, permettre aux Etats d’emprunter auprès de la Banque centrale européenne (BCE) pour contourner les marchés financiers, titularisation de 850.000 personnes dans la fonction publique, augmenter le Smic à 1.700 euros mensuels, taxer à 100% ceux qui gagnent environ 400.000 euros par an, alourdissement de la fiscalité pour ceux qui gagnent plus de 6.000 euros par mois.

Dans un pays aussi marqué par l’égalitarisme que la France, où le mariage du catholicisme et du marxisme a produit une détestation très répandue de l’argent (même si les Français n’ont jamais autant joué aux jeux de loterie), il n’est pas étonnant que ces mesures rencontrent un large écho.

Mais ce programme conduirait la France à la ruine. Quand un pays a une dette qui représente plus de 85% de la richesse nationale, quand les économies, surtout en Europe, sont devenues à ce point interconnectées, faire cavalier seul relève de l’illusion.

Dans l’hypothèse, qui ne se vérifiera pas, où Mélenchon serait élu président de la République, le système financier en France s’écroulerait car nombreux sont ceux, par les milliardaires qui ont d’autres solutions, qui retireraient leur argent et chercheraient à aller sous des cieux plus accueillants. 

Mélenchon pourrait rétorquer : « Qu’ils s’en aillent tous ! » Mais ce sont les forces vives qui partiraient. Une économie a besoin d’entrepreneurs qui créent des entreprises et donc des richesses et des emplois. Faire fuir ceux qui veulent prendre des risques et qui en attendent une juste rétribution ferait faire un grand bond en arrière au pays.

Mélenchon croit-il vraiment en son programme ? Notons que ce révolutionnaire auto-proclamé s’est dit hostile à la transparence totale sur le patrimoine des élus…