Et si Sarkozy l’emportait…

Le débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle a montré un Nicolas Sarkozy particulièrement mal à l’aise et au ton volontiers agressif. Certains pensent qu’il a déjà perdu. Arithmétiquement, il peut encore l’emporter. Mais il risquerait alors de se retrouver face à une tension extrême.

Le consensus des sondages de NewsPresso donne actuellement François Hollande à 54,1% en moyenne contre 45,9% pour le président sortant. Mais s’il conserve une nette avance, le candidat socialiste obtenait 54,8% fin mars, 56,8% fin février et 57,3% en janvier.

Sa baisse dans les intentions de vote est logique mais jusqu’où ira-t-elle ? S’il descend à 53% voire 52% en moyenne, cela signifiera que l’on sera dans la marge d’erreur et que le duel sera infiniment plus serré qu’anticipé par les journalistes.

L’opinion dominante parmi les observateurs aujourd’hui est que François Hollande l’emportera avec environ 52% des suffrages. Nicolas Sarkozy pense, lui, qu’il peut gagner avec 50,5%, à la manière de Valéry Giscard d’Estaing, qui avait coiffé le socialiste François Mitterrand sur le fil, avec 400.000 voix d’avance, en 1974.

Le premier tour a montré qu’une participation plus élevée qu’attendu (près de 80% contre 75% anticipé) pouvait faire varier les scores de certains candidats : Marine Le Pen a obtenu 17,9% alors que les sondages la donnaient à 15,7% tandis que Jean-Luc Mélenchon a réuni 11,1% alors qu’il était crédité de 14,1%.  

Quant aux deux finalistes, François Hollande a fini à 28,6% contre 28% dans les derniers sondages et Nicolas Sarkozy à 27,1% contre 26,4%.

Si la participation monte au même niveau qu’en 2007 (83,7% au premier tour et 83,97% au second tour), qui en profitera ? Il n’est pas exclu qu’une partie importante des abstentionnistes se reportent sur le président sortant, qui a encore droitisé sa campagne depuis le premier tour et qui a opté pour le dénigrement permanent de son adversaire.

En 1981, la droite avait agité les arguments qui devaient effrayer les Français indécis – les fameux chars russes sur le Champ de Mars - mais Valéry Giscard d’Estaing ne s’était pas abaissé à mener une campagne uniquement négative contre son adversaire.

Nicolas Sarkozy, qui avait séduit les Français en 2007, ne propose pas de grand dessein cette année.  Son slogan a le mérite de la simplicité : « Moi ou le chaos ». En clair, il veut juste se maintenir au pouvoir. Pour atteindre cet objectif, il a décidé, sur les conseils de son gourou venu de l’extrême-droite Patrick Buisson, qu’il devait séduire les électeurs de la présidente du Front national, Marine Le Pen, au premier tour.

Il est bien sûr nécessaire de répondre aux angoisses et aux interrogations de tous les électeurs. Mais, le président sortant reprend mot à mot l’argumentaire de l’extrême-droite : il trouve qu’il y a trop d’immigrés en France (trop par rapport à quoi, on ne le sait pas), il dénonce la généralisation supposée de la viande halal, quand il parle d’étrangers il évoque systématiquement les musulmans, il est favorable à une « présomption de légitime défense » pour les policiers. 

En 2007, les observateurs avaient jugé que c’était un coup de génie sans voir qu’en épousant les thèses du Front national, il accentuait les fractures dans le pays.

Dans le même temps, il explique aux électeurs centristes qu’il est le seul capable de redresser les finances publiques et qu’il faut donc voter pour lui et non pour un adversaire qu’il qualifie de dépensier et d’inexpérimenté.

Cette stratégie peut être gagnante électoralement. Elle laissera toutefois le pays dans un état effroyable : en quelques semaines, Nicolas Sarkozy aura réussi à diviser les Français comme jamais depuis plusieurs décennies. Il a bâti sa campagne en montant les Français les uns contre les autres – l’épisode du « vrai travail » restera dans les mémoires même s’il a fini par concéder une expression « malheureuse ». C’est assez surprenant de la part d’un président sortant. Quand ils cherchaient à se faire réélire, François Mitterrand, en 1988, et Jacques Chirac, en 2002, ont cherché à se placer au-dessus de la mêlée.

Nicolas Sarkozy a décidé qu’il devait être le champion d’un camp  et a opté pour une offensive désordonnée avec les pires arguments de l’extrême-droite. La fin justifie-t-elle tous les moyens ? Il a répondu par l’affirmative.

Oui, il peut l’emporter mais ce sera une victoire à la Pyrrhus. Le coût sera exorbitant pour la France alors que le pays a besoin d’être rassemblé pour affronter les défis majeurs liés à la crise de la dette en Europe et à la globalisation de l’économie.