AAA : quel impact électoral ?

La violente contre-attaque de la majorité contre les critiques de l’opposition après la perte de la note « AAA » par la France montre que Nicolas Sarkozy est particulièrement inquiet de l’impact que pourrait avoir cette dégradation. Le chef de l’Etat est affaibli mais l’élection présidentielle n’est pas encore jouée.

Le président de la République a expliqué pendant des mois qu’il était le seul à pouvoir conserver le fameux « triple A », laissant même son conseiller Alain Minc parler de « trésor national » qu’il fallait défendre à tout prix. 

Quand il est apparu que la situation économique de la France était trop détériorée pour rassurer les agences de notation et donc les investisseurs internationaux, il a assuré qu’une perte du « AAA » n’était pas si dramatique que ça et que la politique du pays ne se faisait pas sur les marchés financiers.

Cette ligne a été défendue par les ministres depuis l’abaissement de la note par Standard & Poor’s vendredi soir. L’UMP est même allée plus loin en voulant interdire à l’opposition d’y voir une sanction de Nicolas Sarkozy. En clair, attribuer la perte du « triple A » à celui qui occupe de l’Elysée depuis 2007 revient de tenir un discours anti-national.

L’opposition dispose pourtant de solides arguments à faire valoir. La France était notée « AAA » depuis 1975. Nicolas Sarkozy ne cesse d’attribuer les difficultés actuelles à « trente ans » de dérives, visant implicitement les périodes durant lesquelles les socialistes ont exercé le pouvoir. Toutefois, même après 1981, alors que les finances publiques étaient sous tension, le pays a conservé la note maximale.

L’actuel chef de l’Etat s’est longtemps présenté comme un libéral comprenant les enjeux économiques et comme le seul capable de moderniser la France afin de lui redonner son rang. Mais son quinquennat se solde par une dette publique accrue de 600 milliards d’euros (à 1.780 milliards) et par des déficits publics non maîtrisés. 

Ses partisans répondent que c’est la faute à la crise. C’est vrai en partie seulement. Selon des estimations de divers économistes, un tiers de l’accroissement de la dette est lié à la crise. Le solde résulte de décisions politiques et de la situation économique intérieure.

A son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ne pas savoir que la récession menaçait aux Etats-Unis. Dès le mois d’août suivant, son Premier ministre, François Fillon, déclarait qu’il était à la tête d’un « pays en faillite ». 

Le chef de l’Etat aurait donc dû mettre en œuvre une politique de rigueur dès son accession à l’Elysée. Il a préféré appliquer son programme : des cadeaux fiscaux à sa clientèle électorale et quelques mesures symboliques comme la réforme des régimes spéciaux de retraites et le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Comme la conjoncture a commencé à se dégrader dans le même temps, l’effet ciseaux a été catastrophique : moins de recettes et toujours autant de dépenses.

Contrairement aux dirigeants européens passés et actuels comme Tony Blair, David Cameron, Gerhard Schröder et Angela Merkel, Nicolas Sarkozy est un dirigeant politique à l’ancienne. Il est persuadé que l’homme politique peut tout ou presque et que s’il décide quelque chose l’intendance suivra. C’est ainsi qu’il faut lire son refus d’engager au milieu de l’année dernière un vaste plan de rigueur qui aurait permis au pays de redresser ses finances publiques plus vite.

Or, dans une économie mondialisée, un chef d’Etat ou de gouvernement doit sans cesse regarder ce qui se passe hors de ses frontières. En matière économique, un battement d’ailes de papillon à l’autre bout du monde peut avoir des conséquences terribles ici. 

En abaissant la note de la France, S&P sanctionne donc aussi une myopie ou une trop forte confiance en soi de l’actuel chef de l’Etat.

L’opposition est donc en droit de rendre Nicolas Sarkozy responsable de la perte du « triple A ». Mais elle ne doit pas se réjouir trop vite. La campagne présidentielle est encore longue et le chef de l’Etat peut encore l’emporter en mai prochain. 

Surtout, en faisant l’hypothèse qu’il devient président de la République, François Hollande héritera d’un pays mal en point. La perspective de la note « AA+ » attribuée par S&P est « sous surveillance négative », ce qui signifie qu’elle pourrait encore être rétrogradée cette année ou en 2013.

Le prochain président, quel qu’il soit, n’aura pratiquement aucune marge de manœuvre. De ce point de vue, l'exception française a vécu.