2012 comme 1974 ?

L’élection présidentielle de cette année s’annonce extrêmement serrée : les enquêtes sur les intentions de vote ne peuvent pas prévoir ce que feront les abstentionnistes or ceux-ci pourraient représenter 30%. Pourrait-on vivre un « remake » du scrutin de 1974 ?

Selon le consensus NewsPresso, François Hollande est crédité actuellement en moyenne de 27,8% au premier tour contre 28,4% au président sortant Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen arrivant en troisième position avec 15% devant Jean-Luc Mélenchon (14,1%) et François Bayrou (10,4%).

Mais ce qui est intéressant à observer, c’est la tendance. Le candidat socialiste était en tête au premier en janvier avec une avance de 5,5 points sur son rival de droite. Il conservait encore 3,1 points fin février. Fin mars, il se retrouvait derrière, avec un retard de 0,4 point qui se situe aujourd’hui à 0,6 point.

Il est largement devant pour le second tour avec en moyenne 54,1% contre 45,9%. Soit largement plus que la marge d’erreur statistique des sondages. Surtout, le niveau réel de l’abstention fera varier les résultats finaux.

Nicolas Sarkozy pense qu’une fois le premier tour passé, une autre élection s’organise pour la victoire finale. Il compte notamment sur le débat entre les finalistes et aussi sur la mobilisation des abstentionnistes, le premier tour tombant en pleine période de vacances de printemps.

Le scrutin de 1974 est riche d’enseignements. Quelques semaines avant l’élection présidentielle anticipée, François Mitterrand, qui représente toutes les composantes de la gauche, est crédité de plus de 40% des voix et Valéry Giscard d’Estaing (libéral) et Jacques Chaban-Delmas (gaulliste) se situent autour de 25%. 

Mais progressivement le candidat libéral se détache, aidé par la décision de certains gaullistes emmenés par Jacques Chirac de le soutenir. Au premier tour, Mitterrand est largement en tête avec 43,2% et Giscard obtient 32,6% contre 15,1% pour Chaban.

Lors du débat, Giscard, qui bénéficie d’une dynamique, prend l’avantage sur Mitterrand, notamment avec sa phrase « Vous n’avez pas le monopole du cœur ». 

Le libéral l’emporte au final avec 50,8%, soit un peu plus de 400.000 voix d’avance. Selon les spécialistes électoraux, les deux tiers des abstentionnistes du premier tour ont voté Giscard, qui a également réussi à rassurer les électeurs gaullistes.

Nicolas Sarkozy pense qu’il peut réaliser la même opération près de 40 ans plus tard. Il n’a peut-être pas tout à fait tort.