Exaspérations

La victoire surprise de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre montre qu’il a réussi à répondre à l’exaspération des électeurs français, qui veulent que les choses bougent enfin dans ce pays bloqué depuis trop longtemps.

On peut pas prévoir l’issue du second tour même si on peut penser que, compte tenu de son avance et des ralliements, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012 a de grandes chances de l’emporter dimanche. Mais il aura du mal à gagner l’élection présidentielle car son programme libéral-conservateur sera plus facile à caricaturer pour le président sortant, François Hollande, qui n’a pas renoncé à briguer un second mandat malgré un rejet massif dans son propre électorat.

Sans se lancer dans les spéculations, on peut tirer quelques leçons du scrutin du 20 novembre. Il est clair que les peuples dans les démocraties occidentales ont décidé de se révolter. Mais à chaque pays ses particularités. Le succès de Fillon est différent de celui des partisans du « Brexit » au Royaume-Uni et de celui de Donald Trump aux Etats-Unis : outre-Manche et outre-Atlantique, les électeurs ont manifesté leur ras-le-bol de l’immigration et de la mondialisation.

En France, l’exaspération est d’une autre nature. Sarkozy l’a appris à ses dépens. En refaisant la même campagne de 2012, marquée par des thèmes empruntés à l’extrême droite et sanctionnée par une partie de la droite, l’ancien chef de l’Etat a montré qu’il n’avait rien compris à l’évolution de la France. Contrairement à ce qu’il pense, les Français ne se passionnent pas pour les menus scolaires et ne cherchent pas à placer tous les fichés « S » dans des centres de rétention administrative.

En revanche, les Français, en tout cas ceux qui se revendiquent de droite, en ont assez de voir leur pays refuser les réformes qui ont donné des résultats dans d’autres pays. 

Après 30 ans d’atermoiements de la part des dirigeants politiques, une partie des Français veut des mesures radicales pour plus d’efficacité. Il faut dire que les sujets de crispation ne manquent pas : pourquoi les services publics (école, sécurité, hôpitaux, etc.) se dégradent-ils alors que la France est championne d’Europe des prélèvements obligatoires ? Pourquoi l’Etat est-il incapable d’alléger les multiples réglementations qui brident les initiatives ? Pourquoi cette condamnation, à gauche et aussi à droite, de l’esprit d’entreprise et de la réussite financière ?

Les Français qui réclament un changement profond ont trouvé en Fillon leur champion. Avec son discours sur la baisse massive des impôts et des dépenses publiques, il a séduit le cœur de l’électorat de droite. Mais il prévoit, dans un premier temps, une creusement des déficits et on peut se demander si la Commission européenne acceptera.

Quoi qu’il en soit, la campagne de la primaire de la droite et du centre, qui a mobilisé plus de 4,1 millions d’électeurs au premier tour, montre que les Français veulent du changement. Après deux quinquennats consacrés à des bricolages, l’exaspération est à son comble. Les dirigeants politiques qui l’ont compris ont de grandes chances de l’emporter en mai prochain.