Faut-il vraiment avoir peur d'un nouveau "21 avril" ?

A mesure que sa cote de popularité descend, François Hollande voit ressurgir le spectre du « 21 avril », c’est-à-dire l’élimination du candidat de la gauche au premier tour de l’élection présidentielle comme en 2002. Mais serait-ce un drame ?

L’institut Kantar Sofres a réalisé, du 21 au 23 octobre, un sondage testant sept hypothèses, en fonction des éventuelles candidatures du chef de l’Etat ou de Manuel Valls et le verdict est sans appel : les candidats de la gauche sont constamment battus et le second tour se résume à un duel entre la candidate de l’extrême-droite, Marine Le Pen, et le représentant de la droite, Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy.

Le candidat de la gauche de gouvernement ne dépasse jamais 18% et ce score est attribué à un homme, Emmanuel Macron, en rupture avec son camp. Quant à Hollande, il navigue entre 9% et 13%. Un sondage n’est pas une prédiction mais cela en dit long sur le discrédit dont souffre aujourd’hui le Parti socialiste.

Le rejet concerne en premier lieu l’actuel président de la République, dont la cote de popularité est tombée à 4%, selon Ipsos. Elu sur un malentendu en 2012 – il est persuadé d’avoir gagné grâce à ses qualités propres alors qu’il a bénéficié du rejet de Sarkozy -, il a montré au cours de son mandat qu’il n’était pas préparé pour la fonction. Dans les études qualitatives, les Français jugent même qu’il n’est pas à la hauteur. 

Hollande, qui a dirigé le PS durant 11 ans, n’est pas connu comme quelqu’un qui travaille. Se présentant comme le plus intelligent de sa génération, il a toujours compté sur sa chance et sur ses talents, réels, de manœuvrier pour neutraliser ses adversaires. Mais la réflexion sur un programme social-démocrate ne l’a jamais intéressé. Sous sa direction, le parti n’a rien produit d’innovant, se contentant de vagues promesses et d’un discours moralisateur contre le Front national. Aucune réflexion sur le nouveau partage entre capital et travail, ni sur la mondialisation, ni sur la construction européenne.

Le PS s’est contenté de gérer son petit pécule électoral et a profité du discrédit de Sarkozy pour arriver au pouvoir. Mais il a vite perdu ses bastions dans les régions, au Sénat, dans les départements et dans les communes. Les Français, y compris ceux qui se revendiquent encore de la gauche, ne se reconnaissent plus dans un parti contrôlé par des apparatchiks ne connaissant rien à leur vie et qui se contentent de slogans creux.

On aurait pu penser qu’après l’échec humiliant du 21 avril 2002, le PS en tirerait les leçons et s’adapterait pour essayer de répondre aux attentes des citoyens, en tout cas de ses sympathisants. Il ne s’est rien passé de tel. Après avoir adopté un discours très à gauche pendant la campagne de 2012 – « Je n’ai qu’un ennemi… la finance » - Hollande a dû faire face à la réalité. Il a bricolé des plans pour améliorer la compétitivité des entreprises mais sans l’expliquer. D’où un sentiment de trahison chez ses électeurs. Et aux dernières régionales, le parti a été éliminé au premier tour et a dû appeler à voter pour le candidat de droite afin de faire barrage au Front national.

A six mois de l’élection présidentielle de 2017, le PS se retrouve dans une situation pire qu’en 2002. A l’époque, Lionel Jospin, Premier ministre socialiste, pouvait se targuer de bonnes nouvelles économiques, bien meilleures qu’aujourd’hui du reste. Mais son excès de confiance face à Jacques Chirac, le président sortant qu'il jugeait "usé", et sa difficulté à nouer ule contact avec les Français avaient provoqué sa chute.

Aujourd’hui, même si la situation économique s’améliore légèrement depuis quelques mois, le pays est dans une situation extrêmement compliquée. Selon un sondage d’Elabe, publié en avril 2016, 78% des Français redoutent une explosion sociale !

Tout semble réuni pour que le PS subisse un nouvel échec historique. S’il a pu se redresser après le « 21 avril » 2002, il est menacé aujourd’hui de disparition pure et simple. C’est ce que prédit Valls depuis plusieurs années. C’est aussi ce que pense Macron, qui a créé son propre mouvement, « En marche. » 

A ce stade, nombreux sont ceux qui parient sur une recomposition du paysage politique après la présidentielle. Quelle soit l’issue du scrutin – réélection de Hollande ou victoire du représentant de la droite -, le scénario central prévoit la disparition du PS. Même en cas de victoire du président sortant, ce parti a peu de chance d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale. En cas de défaite, l’impact sera pire pour les socialistes.

De ce point de vue, un nouveau « 21 avril » pourrait accélérer les choses. Au lendemain du scrutin présidentiel de 2017, le France pourrait se retrouver avec un président de droite et une opposition d’extrême-droite. Faute d’avoir compris l’évolution du monde, le PS risque de sortir de l’histoire. Cette évolution permettrait une clarification idéologique : peut-on faire de la politique sans tenir compte de la réalité ?