Hollande-Sarkozy : le match retour aura-t-il lieu ?

Nicolas Sarkozy a donc confirmé ce que l’on savait déjà : il sera candidat à la prochaine élection présidentielle. Il veut prendre sa revanche sur François Hollande, qui l’avait battu en 2012. Mais les Français veulent-ils de ce match retour ?

Les deux hommes, qui n’ont que mépris l’un pour l’autre, si on se réfère à leurs confidences respectives aux journalistes, ne pensent qu’à en découdre. Chacun est convaincu de ne pouvoir qu’une bouchée de l’autre lors du scrutin du printemps 2017.

Ils pensent tous les deux que le contexte leur est favorable : incapable d’améliorer la situation économique, l’actuel chef de l’Etat essaie de se poser en « protecteur » face à la menace terroriste. Son prédécesseur se sent, de longue date, à l’aise avec les sujets régaliens, se présentant comme le seul capable de lutter contre l’insécurité.

Cependant, on peut se demander ce qu’ils ont de nouveau à proposer aux électeurs. Car, leurs mandats présidentiels n’ont pas convaincu.

Elu sur la promesse d’une rupture en 2007, Nicolas Sarkozy n’a pas mené les réformes promises et son comportement a indisposé de nombreux électeurs de droite, entraînant sa défaite en 2012. En cinq ans, il a perdu plus de deux millions d’électeurs.

Quant à François Hollande, il vient de confirmer dans un livre d’entretiens avec des journalistes qu’il n’avait pas pris la mesure de la fonction présidentielle en lâchant : « C’est beaucoup plus dur que ce que j’avais anticipé. » Pire, il a donné l’impression d’avoir abordé son quinquennat comme un jeu. S’exprimant sur la montée du chômage, il a eu cette phrase surprenante : « Je n’ai pas eu de bol. »

Il ne fait pas de doute que François Hollande se représentera mais il risque d’être confronté à la candidature d’Arnaud Montebourg, son ancien ministre de l’Economie, qui n’a pas exclu de s’affranchir de la primaire que souhaite organiser le PS mais qu’on voit mal aller en solitaire au risque d’être exclu et marginalisé.

Nicolas Sarkozy devra, lui, affronter Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire notamment lors de la primaire de la droite et de la gauche. Il semble persuadé que cette consultation interne se jouera à la droite de la droite, d’où une sorte de « remake » de sa campagne de 2012, centrée sur des thématiques chères au Front national.

Pour mettre toutes les chances de son côté, il a verrouillé son contrôle sur son parti et vient de lancer une offensive en règle contre le maire de Bordeaux, qui demeure le favori des sondages mais qu’il pense pouvoir renverser avec une campagne agressive.

Les media, qui adorent les feuilletons politiques, rêvent d’une nouvelle manche entre Hollande et Sarkozy et feront tout pour l’obtenir. D’ores et déjà, ils ont accordé une couverture exceptionnelle au dernier livre de l’ancien chef de l’Etat.

Imaginons que leur souhait soit exaucé. Hollande représentera donc son camp. Il devra disputer les voix de gauche, qui totalisent environ 40% selon les sondages, à Jean-Luc Mélenchon, à un candidat écologiste et, peut-être, à un représentant du Parti communiste. Autant dire que son étiage se situe autour de 20%.

Pour sa part, Sarkozy sait déjà que s’il était investi il aurait face à lui le chef du Modem, François Bayrou, qui peut séduire les électeurs modérés. L’ancien chef de l’Etat risque lui aussi de devoir se contenter d’environ 20%.

Hollande et Sarkozy ? S’ils parviennent, grâce à diverses manœuvres à éliminer leurs rivaux dans leurs camps respectifs, ils risquent être éliminiés au premier tour car Marine Le Pen, est placée en tête des intentions de vote et, à moins d’un effondrement dans les prochains mois, on voit mal comment elle pourrait ne pas participer au second tour alors que les populistes ont le vent en poupe dans plusieurs pays occidentaux.

Le match retour que Hollande et Sarkozy espèrent pourrait donc avoir lieu au premier tour. Le rejet dont ils font l’objet pourrait leur être fatal. Selon un sondage Elabe, 79% des personnes interrogées ne veulent pas revoir l’ancien chef de l’Etat à l’Elysée. Quant à son successeur, sa cote de popularité n’est que de 17%, selon le consensus NewsPresso.

Et si aucun des deux ne se qualifiait pour le second tour ? Une telle hypothèse ne peut pas être exclue. Bayrou pourrait très bien séduire au centre droit et au centre gauche. On pourrait très bien avoir une « finale » entre le centriste et Le Pen. Cela déboucherait sur une recomposition majeure du paysage politique français. Mais, ne nous leurrons pas, quel que soit le résultat de la prochaine élection présidentielle, un tel bouleversement aura lieu.