Brexit ou pas, il faudra punir Londres

En organisant, le 23 juin, un référendum à haut risque sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, le Premier ministre David Cameron a voulu faire pression sur ses partenaires afin d’obtenir toujours plus d’aménagements en faveur de son pays. Il faut en finir avec ce chantage permanent en sanctionnant Londres, Brexit ou pas.

La City, premier centre financier européen, a réussi à capter la majeure partie des flux financiers européens alors que les dirigeants britanniques passent leur temps à essayer d’affaiblir l’idée européenne. 

Comme l’a souligné récemment Stéphane Boujnah, directeur général d’Euronext, « Aujourd’hui, nous vivons une anomalie, qui est que les clients et les entreprises industrielles, les entreprises commerciales sont sur le continent européen et les banquiers sont à Londres. » 

L’exemple le plus choquant est la gestion de l’euro. Londres a obtenu, en mars 2015, le droit pour ses chambres de compensation de continuer à gérer les grandes opérations en euro. Selon certaines estimations, plus de la moitié des dérivés traités au Royaume-Uni sont en euros.

Comment un pays n’appartenant pas à l’union monétaire, et qui la dénigre, a-t-il pu obtenir un tel privilège ? Par l’incompétence et le manque de courage des bureaucrates de la Commission européenne, qui mettent décidément beaucoup d’énergie à trahir les citoyens européens.

La Banque centrale européenne (BCE) a essayé de modifier cette anomalie. Mais le tribunal de l’Union européenne l’a débouté en arguant qu’elle n’avait pas compétence pour le faire et que si elle voulait réguler les chambres de compensation elle devait obtenir davantage de pouvoirs de la Commission européenne.

Celle-ci pourrait très bien faire voter un texte renforçant les pouvoirs de la BCE. Nul besoin de modifier les traités. Une majorité qualifiée suffit, ce qui signifie que le Royaume-Uni ne pourrait pas opposer son veto.

Comme il est improbable que la Commission européenne prenne une initiative dans ce domaine, la France et la Allemagne doivent assumer leurs responsabilités en exigeant que les opérations en euro soient désormais traitées par des établissements basés dans la zone euro.

Cela pourrait avoir un impact considérable pour les places financières de Francfort et de Paris, incitant les grandes banques à implanter leurs équipes dans ces deux villes, avec à la clé des milliers d’emplois.

Lors d’une conférence organisée le 8 juin par Paris-Europlace, le département des Hauts-de-Seine, la région Ile-de-France, la démonstration a été faite que l’agglomération de Paris pouvait accueillir, à tous points de vue, les sociétés financières désirant rapatrier leurs activités dans la zone euro.

Le quartier de La Défense peut construire 300.000 mètres carrés de bureaux de plus, selon Patrick Devedjian, président du conseil départemental des Hauts-de-Seine. Dans une optique d’aménagement du territoire, les pouvoirs publics devraient aussi favoriser l’installation de back office à l’est de Paris.

La France dispose d’un atout considérable dans la bataille qu’elle pourrait mener : son système éducatif. Bien que malmené par des décisions politiques étranges depuis deux décennies, il forme encore des ingénieurs très recherchés pour leur compétence et leur coût.

La France pourrait s’appuyer sur ce cet atout pour se positionner de manière plus agressive dans ce qu’on nomme les FinTech.

Mais pour favoriser la venue des activités financières en France et ne pas laisser le leadership à Francfort, le pouvoir politique doit changer d’attitude. Les phrases « Je n’aime pas les riches » et « Je n’ai qu’un ennemi, la finance » prononcées François Hollande avant son élection à la présidence de la République ont eu des effets particulièrement néfastes. 

Le récent débat sur la rémunération des chefs d’entreprise est tout aussi contre-productif. Ce n’est pas à l’Etat de fixer le salaire des patrons dans une économie de marché – c’est la responsabilité des actionnaires. L’Etat peut agir sur la fiscalité mais à trop matraquer les Français, comme on l’a vu depuis 2007, il provoque un exil des créateurs d’entreprise.

Si la classe politique, en particulier l’actuel chef de l’Etat, comprend que la finance n’est pas l’ennemie de l’économie, la France a toutes les chances de remporter une bataille décisive pour l’emploi.