A quoi joue Macron ?

Les journalistes politiques ont toujours été prévisibles : ils font mine, depuis quelques semaines, de s’interroger sur une candidature d’Emmanuel Macron à la prochaine élection présidentielle. Que le ministre de l’Economie soit ambitieux, cela ne fait guère de doute. Mais qu’il puisse affronter le président sortant est impossible. Alors à quoi joue-t-il ?

L’intéressé, qui a créé son propre mouvement, baptisé « En Marche », a alimenté lui même la machine à fantasmes en indiquant qu’il n’était pas « aujourd’hui » candidat pour le scrutin de 2017. Mediapart a assuré qu’il se dévoilerait en juin. Il a démenti.

On peut faire l’hypothèse que Macron cherche à prendre date. Si Hollande est battu en 2017, il peut se positionner comme le candidat idéal de la gauche moderne pour 2022 face à Manuel Valls, qui, après avoir versé dans la transgression, est rentré dans le rang depuis sa nomination comme Premier ministre.

Si Hollande gagne, ce qui ne peut pas être exclu en dépit des sondages négatifs, Macron peut viser Matignon sachant que le chef de l’Etat ne pourra pas faire autrement que d’essayer d’élargir sa majorité au centre droit.

En effet, avec son projet de loi réformant le code du travail, Hollande semble avoir perdu définitivement l’aile gauche du Parti socialiste. Les « frondeurs » ont même échoué de peu à présenter une motion de censure. Du jamais vu sous la Vème République !

Surtout, il y a une forte probabilité que la chef du Front national, Marine Le Pen, soit au second tour de la prochaine élection présidentielle. Si c’est le cas, on peut parier qu’elle réalisera un score nettement supérieur à celui de son père (18%) en 2002. En avril, un sondage Odoxa la donnait même vainqueur (53%-47%) face à Hollande.

Même si Hollande l’emportait, le paysage politique français serait bouleversé et qu’une profonde recomposition serait à l’œuvre, avec l’émergence inévitable d’un bloc de droite « décomplexée » avec des éléments du FN et du parti Les Républicains (LR) et d’un bloc social-libéral regroupant les modérés du PS et de LR ainsi que l’UDI et le Modem.

Macron à Matignon pourrait permettre d’accélérer cette structuration indispensable pour clarifier une offre politique devenue illisible.

Mais pour s’imposer le ministre de l’Economie doit montrer qu’il apporte des idées nouvelles. En présentant son association, baptisée « En Marche », il a déclaré, lors d’un meeting mercredi 6 avril à Amiens : « J’ai mis du temps, j’ai réfléchi, j’ai consulté, j’ai associé beaucoup de gens et j’ai décidé de créer un mouvement politique nouveau. Un mouvement qui ne sera pas à droite, qui ne sera pas à gauche. »

Depuis, il occupe le terrain médiatique de sorte que ses adversaires évoquent une simple opération de communication. Car on peine à le différencier des jeunes talents prometteurs qui l’ont devancé et qui ont disparu sans laisser de trace. S’il bénéficie d’une excellente image dans les sondages, il ne suscite pas d’adhésion politique.

A son sujet, une question revient souvent : croit-il en quelque chose ? En d’autres termes, ce jeune énarque est-il un simple opportuniste ?

Faute de l’avoir fait avant, Macron est désormais produire un discours sur sa façon de voir le monde qui avance et sur ses solutions pour redresser la France ? En est-il capable ?